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Nice-Matin

Actualité Alpes-Maritimes

vendredi 25 juillet 2008

Les rancoeurs du haut pays à l'encontre du parc du Mercantour

 A Breil-sur-Roya, la contestation demeure vive.  :  Photo DR A Breil-sur-Roya, la contestation demeure vive. : Photo DR

Invités à s'exprimer sur la modification de la règlementation du parc national, des habitants étalent leurs griefs

«Les locaux vivant le parc au quotidien n'acceptent toujours pas la spoliation de leurs droits sacrés de propriété », constate la commission d'enquête, à l'issue de la consultation publique relative au projet de modification de la réglementation du Mercantour. (voir nos éditions du 13/06/08) « Le personnel du parc est souvent perçu comme rigide », ajoute la commission en pointant « une rancoeur rentrée ».

Issus de communes traditionnellement hostiles, des habitants du haut pays ne se sont pas privés d'étaler leurs griefs. Ils dénoncent « la méconnaissance des modes de vie et des traditions, l'absence de véritable concertation et de contreparties (N.D.L.R. : à l'interdiction de construire ou de chasser dans la zone coeur, ex-zone centrale).

Jean-Claude se sent « colonisé »

Jean-Jacques à Moulinet : « Le parc est un État dans l'État ». Philip à Roubion : « Le directeur est omniprésent dans la prise de décisions ». Jean-Claude à Saint-Dalmas-le-Selvage : « On se sent colonisé ». Serge à Breil-sur-Roya : « Les promesses de retombées économiques n'ont jamais été tenues ».

Diverses requêtes, peu en phase avec l'esprit parc national, sont formulées. Thérèse à Fontan veut pouvoir construire partout « des résidences principales ou secondaires ». Des chasseurs aimeraient « réguler jusqu'en coeur de parc la faune sauvage par des tirs ». Un président de société entend ne pas être verbalisé si au cours d'une chasse un chien entre dans le parc. Il sait de quoi il parle. Le sien s'y trouva piégé par le lacet destiné à capturer un loup dans le but de l'équiper d'une balise.

Le camp adverse donne également de la voix

Parmi ces opposants - les plus motivés pour remplir le cahier de doléances ? - personne, toutefois, ne remet en cause la légitimité du Mercantour, ni son attractivité touristique. De nombreux maires, d'ailleurs, demandent à intégrer son conseil d'administration.

À l'inverse, des voix s'élèvent pour rendre la réglementation plus contraignante. Il s'agit, sans surprise, de quelques agents du parc. Gérard juge ainsi que le projet de décret « fait la part trop belle au pastoralisme ». Il trouve « malvenue la dérogation envisagée pour les chiens de personnes handicapées » (les autres canins restant indésirables en coeur de parc). Des particuliers prônent également un durcissement des textes. Marion à Entraunes souhaite interdire la pêche. Martine à Allos restreindre au maximum la cueillette.

Le dernier mot au Premier ministre

Composée de personnalités indépendantes (1) désignées par la justice administrative, la commission d'enquête a effectué un premier tri entre les diverses requêtes et rédigé ses propres propositions (2). Après d'ultimes avis du conseil d'administration du parc, puis des préfets des A.-M. et des A. H.-P., le Premier ministre tranchera d'ici la fin 2008. En signant le décret et en publiant la nouvelle réglementation.

1. Soit deux architectes, un ingénieur, un juriste, un guide naturaliste, un professeur d'université et un directeur à la retraite.

2. Le rapport de la commission d'enquête, les conclusions et les propositions sont consultables sur le site du parc www.mercantour.eu

Jean-Paul Fronzes
Nice-Matin

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