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Nice-Matin

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lundi 28 avril 2008

Alpes Maritimes : Il y a 40 ans, les prémices de "mai"

 En 1968, l'université niçoise née à peine quatre ans auparavant, comptait moins de 10 000 étudiants.  :  Photo collection Raph Gatti En 1968, l'université niçoise née à peine quatre ans auparavant, comptait moins de 10 000 étudiants. : Photo collection Raph Gatti

«J'étais au festival du jeune cinéma à Hyères. Quand la Sorbonne s'est embrasée le 3 mai suite aux violences policières, des copains m'ont aussitôt téléphoné pour me dire de rappliquer dare-dare à Nice. J'étais le président de la corpo de lettres ».

Alain Raybaud, emblématique leader gauchiste du Mai-68 niçois (voir par ailleurs), n'a rien oublié, 40 ans plus tard. En particulier comment le campus azuréen a cristallisé toutes les révoltes de l'époque. « A ma grande surprise toutefois au départ. Même si, depuis le début de l'année universitaire, le feu couvait d'une fac à l'autre...»

Imprévisible, aussi, l'historique mouvement social qui allait suivre. Quoique, là encore, comme l'observe Jean-Claude Poirier « le premier trimestre 1968 avait été chaud dans les boîtes. Mais de là à imaginer qu'on allait occuper pendant trois semaines notre usine ? » Le futur secrétaire général de la CGT 06 (entre 1976 et 1987) commençait alors sa vie professionnelle comme chaudronnier à la SEB à Cannes-La Bocca.

Sans l'étincelle parisienne, pas d'embrasement généralisé, c'est sûr. Et pourtant, comme le confirme l'historien Jean-Paul Clot, auteur d'une recherche historique sur « la crise de Mai-68 dans les A.-M. », « dès février, mars et même avril les raisons d'un incendie social s'étaient accumulées ici aussi. » Rappel des faits.

Restos U et résidences

en ébullition

Elle est toute jeune, en 1968, l'université niçoise née à peine quatre ans auparavant. Moins de 10 000 étudiants. Mais une forte poussée des effectifs (+ 25 % en quelques mois). La répartition ? 45,5 % en lettres, 31 % en droit et 23,5 % en sciences. Le 10 février éclate une grève dans les restos U. Le 21, échouent les pourparlers avec le CROUS à propos des résidences universitaires. Où, chose impensable aujourd'hui, il n'y a pas de libre circulation entre secteurs des filles et des garçons. A une époque où sont rarissimes, aussi, les lycées mixtes. Les moeurs, pourtant, ont beaucoup évolué. Plus vite que des règlements tardant à changer. Bref la marmite bout - jusqu'à exploser - sous le couvercle de l'autoritarisme.

Résultat ? Une mi-spectaculaire mi-comique grève de la faim. Et 5 000 repas expédiés aux poubelles. Le recteur Robert Davril se fâche. Le resto de Montebello en fac de sciences est fermé jusqu'au 13 mars. Trois étudiants sont appréhendés par la police. L'UNEF pétitionne. Le 20 mars, une bagarre oppose étudiants de gauche et de droite devant le parvis d'une fac de lettres dont le chantier n'est pas terminé.

Révélatrice d'un contexte niçois : quasiment pas d'affrontements policiers-étudiants mais des bastons récurrentes entre UGEN de gauche et AGEN de droite, fac de lettres contre fac de droit.

« Gaucho » contre « faf »

Sur fond, aussi, de guerre du Vietnam. « US Go home » et « non au Vietminh » se font écho. La guerre d'Algérie, elle aussi, a laissé des traces non cicatrisées.

Bref, les futurs acteurs de Mai-68 sont à pied d'oeuvre. Le scénario est pourtant loin d'être écrit d'avance. Reste, côté dialogues, que de « gaucho » à « faf » les mots sont déjà lancés à la figure. Comme des pavés. Qui, ici, n'existent pas. Et ne peuvent donc susciter cette « plage de poésie » si chère à un célèbre slogan parisien de l'époque.

L'Éducation nationale n'en fait pas moins quelques vagues lorsque les profs se mettent en grève le 4 mars. Appuyés par des parents d'élèves. Le 22 mars, sans rapport avec le mouvement de Nanterre qui fait tout commencer, un millier de lycéens des Eucalyptus descendent dans la rue. Ce qu'ils dénoncent ? « Une discipline trop stricte ». Un leitmotiv sinon un étendard ensuite pour crier « en mai fais ce qu'il te plaît...»

Demain : l'occupation record de la fac de lettres à Nice

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